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L’Argent romanesque

La CASDEN vous propose autour de la thématique de l’argent romanesque, une sélection d’ouvrages de la littérature française téléchargeables gratuitement, assortis de leur fiche de lecture.

L’argent occupe une place importante dans notre culture et notre imaginaire. Ce dossier s’intéresse à l’argent tel que représenté dans la littérature. Bien que celui-ci soit aussi présent dans le théâtre, dans les fables ou bien dans la poésie, son étude se limite ici à sa présence dans le roman, en excluant le roman autobiographique. Sous le mot argent, il faut entendre à la fois la monnaie(Voir Clin d’œil N°1) et la richesse que représente la possession de la monnaie, de valeurs monétaires ou de biens. 

1.1 L’aventure monétaire au fil des siècles

Cette aventure étant très longue et très complexe, nous nous attacherons uniquement à ce qui permet de comprendre la représentation de l’argent dans les ouvrages de notre corpus.

1.1.1. Les formes primitives de l’argent

L’origine de la monnaie est indissociable des échanges sociaux et rituels qui remontent aux racines de l’humanité. Depuis les temps préhistoriques, les hommes comptent et échangent leurs biens. Chaque groupe humain se dote d’un étalon susceptible d’être crédible et d’être accepté par tous, répondant à trois grandes fonctions : servir d'intermédiaire des échanges, d'unité de compte (pour mesurer la valeur d'un bien ou d'un service) et de réserve des valeurs. De plus, celui-ci doit être transportable, stockable, échangeable et divisible. C’est ainsi qu’il prend diverses formes : matières naturelles, comme la pierre, le sel (Voir Clin d’œil N°2), l’ambre, les pierres précieuses, les coquillages (surtout les cauris), les lingots de métal, etc. ; produits agricoles comme les grains de blé, fèves de cacao, les grains de poivre, les feuilles de thé, les peaux de bêtes, le bétail, etc. ; produits artisanaux, comme les perles de verre, les couteaux, les outils agricoles, les métrages de tissu, les bijoux, les armes, l’alcool, etc. ; humains comme les esclaves. Certaines de ces monnaies primitives ont perduré jusqu’au XX°, tout particulièrement l’usage des cauris en Chine, en Inde et en Afrique. 

 

 

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1.1.2. L’invention de la monnaie métallique

Les plus anciennes pièces de monnaie retrouvées sont en électrum, un alliage d’or et d’argent, charrié sous forme de pépites, par le fleuve Pactole (Voir Clin d’œil N°3), en Lydie (province de la Grèce antique). Elles ont été frappées en 687 av. J.C., sur l’ordre du roi Gypès. Elles sont de poids invariable, de même forme et marquées par un emblème authentifiant leur étalonnage. D’abord symbole ostentatoire, elles finissent par s’avérer très utiles dans les échanges de marchandises lourdes, dès lors que leur valeur (leur poids égal en métal précieux) est garantie. Devenue un étalon de valeur, la monnaie métallique se répand dans toute la Grèce : chaque cité frappe ses propres pièces à son effigie. Au VI° av. J.C., grâce aux progrès de la métallurgie qui permet de séparer l’or de l’argent, le roi lydien, Crésus (Voir Clin d’œil N°3), frappe des monnaies en or et en argent purs. Il fonde le premier système bimétalliste. Alors que l’Aie mineure conserve le bimétallisme, Athènes monétise principalement l’argent, d’où l’identité historique entre monnaie et argent. Elle ne monétise l’or que très rarement et dans des conditions d’urgence militaire (Vers 406 et vers 267 av. J.C.). La monnaie athénienne reprend la nomenclature des poids alors utilisés et la drachme devient l’unité monétaire (4,32g). Vers 356 av. J.C., Alexandre le Grand se réserve le droit de battre monnaie (Voir Clin d’œil N°4) et créé une monnaie unique, dite impériale, la drachme nouvelle.

La monnaie métallique gagne, sur le modèle grec, tout le monde antique du pourtour méditerranéen. A Rome, un premier atelier monétaire est installé, au III° av. J.C., sur le Capitole, près du temple de Junon Moneta (Voir Clin d’œil N°1). Les premières monnaies métalliques romaines sont des petits lingots de bronze ornés d’un bœuf et appelé aes ou as. Au début de l’ère chrétienne, Auguste réorganise le système monétaire sur le principe du trimétallisme : l’aureus(en or, 8g) vaut 1/25 du denier (en argent) qui vaut 4 sesterces (en bronze). Avec l’instabilité politique et la décadence de l’Empire romain, ce système monétaire se dégrade et est réformé, au début du IV° sous Dioclétien et Constantin. Ce dernier impose le monométallisme et créé une nouvelle monnaie : le solidus (4,5g d’or), d’où nous vient notre fameux sou (Voir Clin d’œil N°5). Après la chute de l’Empire romain, la monnaie d’or reste en circulation, en Asie mineure, pendant toute la durée de l’Empire d’Orient. En 692, le calife Abd-al-Malik de Damas, introduit, dans le monde musulman, le dinar d’or qui s’impose comme étalon dans toute la Méditerranée pendant des siècles.

En Europe, pendant le Haut Moyen Age, l’usage de la monnaie régresse avec les restrictions du commerce, l’interdit religieux contre le prêt à intérêt (usure) et la mise en place de systèmes féodaux réduisant les libertés économiques. La monnaie reste plus ou moins visible chez les plus aisés, mais le peuple ne la connaît pas. En 781, le manque d’approvisionnement en or et l’exploitation de nouveaux gisements argentifères poussent Charlemagne à remplacer les pièces anciennes par une nouvelle monnaie frappée en argent, dont l’unité de référence est le denier d’argent (de 1,36g à 1,80 g). Celui-ci jette alors les bases du système monétaire français qui persiste jusqu’à la Révolution : 1 sol ou sou = 12 deniers ; 1 livre parisis = 20 sols (ou sous) = 240 deniers ; 1 obole = ½ denier. Ce nouveau système permet la reprise des échanges commerciaux et une première renaissance économique.

Au Moyen Age, les marchands arrivent à obtenir des facilités par rapport aux seigneurs, aux princes et au clergé et peuvent participer à des foires de plus en plus importantes. En 1203, l’Anjou étant rattaché au domaine royal de Philippe II, la livre tournois, utilisée à l’abbaye Saint-Martin de Tours où l’on frappe des deniers dits « tournois », remplace la livre parisis comme monnaie de compte du domaine royal. Durant la grande période d’expansion économique du Moyen Age, les pièces d’or réapparaissent : le florin de Florence (1252) émis par, l’Arte del Cambio (Cf. 1.2.1.2.), le ducatde Venise (1282) et le denier d’or à l’écu ou écu (créé par Saint Louis, en 1263 et d’une valeur de 3 livres tournois ou 60 sols) en France. En 1360, est créé le franc à cheval (=1 livre tournois = 20 sols), premier franc français, monnaie d’or à 24 carats (3,88g), pour payer la rançon du roi Jean II le Bon (4 millions d’écus), prisonnier des Anglais. Au milieu du XV°, face aux systèmes monétaires distincts (Gênes, Venise, etc.) qui reposent en grande partie sur l’or, le recours généralisé au thaler (taler ou talir) (Voir Le Saviez-vous ? N°1), monnaie du Saint-Empire romain germanique, en argent, de taille et de masse constante, permet de limiter les opérations de conversion et de faciliter les échanges. La France y reste quelque peu hermétique.

Au XVI°, en 1549, la livre tournois est décrétée unité de compte pour la tenue des comptabilités. En 1575, Henri II fait frapper un franc d’argent (14,18g) valant 20 sols et 4 deniers, soit d’une valeur légèrement supérieure à la livre tournois. En 1586, Henri III interdit la frappe des francs d’argent, car ces pièces sont souvent trafiquées.

Au XVII°, à la fin de son règne, Louis XIII, décide de réformer le système monétaire français pour stabiliser la monnaie, rivaliser avec les monnaies espagnoles et anglaises et encourager les premiers placements refuges. Il créé, avec son ministre Claude de Bullion, le louis d’or(environ 4g d’or) qui remplace le franc. Un nouveau système monétaire français, fondé sur le trimétallisme est alors institué : le louis d’or (ou demi-louis) = 5 livres tournois ; le double louis d’or ou louis = 10 livres tournois ; le quadruple louis d’or ou double-louis = 20 livres tournois ; l’écu blanc ou louis d’argent ou écu = 3 livres tournois = 60 sols (inspiré du thaler) ; le demi-écu = 30 sols ; le quart d’écu = 15 sols ; le sixième d’écu = 10 sols ; le douzième d’écu = 5 sols ; le sou ou sol (en cuivre) ; la pièce de 4 deniers (en cuivre), auquel il faut rajouter le liard de 3 deniers (en cuivre) qui apparaîtra en 1656. A cette époque, le franc est une monnaie désuète, mais le mot franc reste vivace dans les esprits et devient pratiquement synonyme de livre. Vers 1667, la livre tournois supplante définitivement la livre parisis dans tout le royaume français. Dès la fin du règne de Louis XIV (1690), l’état étant menacé de banqueroute (suite à la guerre de succession d’Espagne), apparaît une nouvelle technique monétaire, la réformation, qui consiste à frapper de nouveaux types monétaires sur les flans d’anciens types, au lieu d’utiliser des flans neufs, pour économiser le coût de refonte. Une réformation constitue une dévaluation de la monnaie, puisque la valeur en livres tournois des louis d’or et des écus d’argent augmente. En 1709, le cours de l’écu blanc passe à 5 livres.

Au XVIII°, après la banqueroute du système de Law (1720), la dénomination officielle de la livre tournois devient la livre(0,31g d’or pur). En 1726, la réformation institue la livre contenant 4,50516g d’argent fin, ce qui constitue une importante dévaluation. Après cette date, la pratique de la réformation prend fin, mais l’Etat reste largement endetté. Le cours de l’écu blanc passe à 6 livres au milieu du siècle. Sous la Révolution, à partir du 7 avril 1795, le franc (4,5g d’argent pur) remplace la livre comme unité de compte monétaire, bien que légèrement inférieur en poids. Il est divisé en 10 décimes ou 100 centimes. En 1796, le franc vaut officiellement 1 livre et 3 deniers. L’écu blanc est remplacé par la pièce de cinq francs en argent qui vaut 5 livres 1 sou et 3 deniers. Les comptabilités doivent être établies en francs.

Au XIX°, la Banque de France (créée en 1800) et ses succursales deviennent l’institut d’émission privilégié de la monnaie. En 1803, le bimétallisme est institué : 1 franc = 0,29025g d’or fin = 5g d’argent. Les pièces de ¼, ½, 1, 2 et 5 francs sont frappées en argent et des pièces de 20 et 40 francs sont frappées en or, d’où l’appellation de franc-or (ou franc germinal) qui s’impose au milieu du XIX°. Notons que, dans le langage courant, le mot écu continue de qualifier la pièce de cinq franc en argent, appelée également pièce de 100 sous.

 

1.1.3. La monnaie fiduciaire

La monnaie fiduciaire (du latin fiducia : confiance) est une monnaie largement basée sur la confiance, car sa valeur est fortement dépendante du degré de confiance accordé par les porteurs de billets (lettres de change, billets de banque, etc.) à l’organisme qui les émet.

1.1.3.1. La lettre de change

La monnaie métallique représente une certaine quantité de biens qu’on ne peut pas toujours manipuler facilement. La mise en place d’une monnaie de second niveau, qui elle-même représente une grande quantité de monnaie métallique laissé en dépôt en lieu sûr, s’avère très vite utile. C’est ainsi que, sous la dynastie Tang (618-907), naît la monnaie volantechinoise, sorte de lettre de change, remise par le commerçant chez lequel on dépose ses pièces de fer très lourdes et qu’on utilise couramment comme instrument de paiement.

En Europe, au Moyen Age, est créée la lettre de change. On doit sans aucun doute sa création aux Templiers, qui, à l’instar d’autres ordres religieux (Hospitaliers, etc.) couvrent la route des pèlerinages d'un réseau de prieurés et de commanderies, en Europe et en Terre Sainte. Les voyageurs- pèlerins peuvent y déposer du numéraire et font valoir auprès des autres prieurés leurs lettres de change pour récupérer l’intégralité de leurs biens, en monnaie locale. Cette pratique, se répand très vite dans le commerce international, afin de faciliter le commerce entre deux pays ayant des monnaies différentes. Le commerçant (le bénéficiaire) qui va dans un autre pays se fait remettre une lettre de change par un banquier de son pays (le tireur) et récupère la somme marquée dans la monnaie du pays destinataire, auprès d’une banque de ce pays (le tiré). Elle évite le transport de monnaie et les risques inhérents.

La lettre de change peut aussi être utilisée comme moyen de crédit à court terme par l’escompte (Voir Le Saviez-vous ? N°2).  En effet, elle peut être cédée à une banque par le porteur, en échange d’une avance de trésorerie. C’est la cité d’Anvers qui développe, au début du XV°, les lettres de change pouvant être escomptées. En Italie du Nord (Venise, Gênes), il existe aussi, à cette époque, des nota di banco, documents de papier qui autorisent le porteur à retirer un certain poids d’or auprès d’un établissement de dépôt et qui est endossable (c’est-à-dire transférable à un autre porteur). De plus en plus, les banques mettent en circulation des certificats représentatifs des dépôts qui leur sont confiés (certificats proches des futurs billets de banque), comme la Banque d’Amsterdam (fondée en 1609) ou la Banque royale française, qui, à la fin du règne de Louis XIV, émet des proto-billets, des lettres de change (devenues par la suite billets de monnoye, puis billets de l’Estat, assimilés à une forme d’emprunt). 

1.1.3.2. Le billet de banque (papier-monnaie ou monnaie-papier)

En Chine, la monnaie volante finit par se substituer aux pièces métalliques comme moyen de paiement. Au début du XI°, les commerçants chinois s’unissent pour émettre des billets d’une valeur fixe, les Jiao ZI, imprimés sur des planches en bois. Chaque billet est pourvu d’un numéro propre afin d’empêcher les contrefaçons. Mais, les commerçants font parfois imprimer plus de billets qu’ils n’ont de pièces de monnaie, si bien que la dynastie Song prend le contrôle de l’émission des billets. En 1168, un moulin à papier, propriété du gouvernement, commence à fabriquer, à partir de l’écorce grise du mûrier, le papier sur lequel sont imprimés les billets. Au XIII°, l’écorce de mûrier est remplacée par la soie. Les souverains de la dynastie Ming (1368-1644) interdisent, pendant près de cent ans, la monnaie métallique.

C’est Marco Polo qui, en 1295, après son périple en Chine, ramène l’idée de la monnaie de papier en Europe. Mais, elle reste, pour les Européens, une curiosité esthétique, jusqu’au XVII°. A cette époque, les premiers billets de banque (Palmstruchers) sont émis par la Banque de Stockholm (1666), grâce au banquier Johann Palmstruck, avec 76 coupures différentes, convertibles en argent ou en cuivre, métal dont la Suède est le premier producteur mondial.  Cependant, ce banquier ne résiste pas à la tentation de mettre en circulation plus de billets que ce que sa banque peut rembourser, ce qui la mène à la faillite en 1668. Son monopole est alors repris par la Banque de Suède.

En France, en 1715, pour faire face à la situation financière dramatique du royaume, le régent, Philippe d’Orléans, autorise John Law à créer, sur le modèle hollandais, la Banque générale et à émettre du papier-monnaie contre de l’or.  Cette banque échange des dépôts de monnaie métallique contre des billets, sans frais de courtage, les bénéfices étant obtenus grâce au change et aux opérations d'escompte. Le succès est rapide. En 1718, elle devient la Banque royale, garantie par le roi. En 1719, elle fusionne avec la Compagnie perpétuelle des Indes créée par Law. En 1720, le duc de Bourbon et le prince de Conti poussent à une spéculation à la hausse pour faire s’effondrer le système Law. Dès le 24 mars, c’est la banqueroute, car les déposants se présentent en masse pour échanger le papier-monnaie contre des espèces métalliques que la Banque ne possède pas, car elle a imprimé plus de papier-monnaie qu’elle n’a réellement d’or et d’argent en dépôt. Après ce désastre, plusieurs tentatives sont faites pour relancer l'idée d'une monnaie en papier, la plus célèbre étant la transformation en 1790 des biens confisqués du clergé en fonds de garantie représenté par des assignats (titres d’emprunt émis par le trésor public). À chaque fois, ces tentatives s'accompagnent d'une hyperinflation consécutive d'une spéculation hors-du-commun. C’est seulement avec les premiers billets de la Banque de France, émis en 1803, que la France entre dans l'époque des billets de banque modernes Mais, le billet de banque ne devient réellement d’un usage courant qu’au milieu du Second empire.

Alors que jusqu’au XIX° règne le bimétallisme, le développement de la monnaie papier et du crédit permettent de limiter les besoins de métal et de supprimer l’argent-métal comme étalon et de ne garder que l’étalon-or (dit « classique »). Toutes les monnaies sont alors définies par rapport à l’or. La monnaie papier est un substitut à l’or. Le taux de conversion des monnaies entre elles est fixe, ce qui assure la stabilité de la monnaie et empêche une inflation provoquée artificiellement par une augmentation de la masse monétaire.

1.1.4. La monnaie scripturale ou la dématérialisation de l’argent

La monnaie scripturale n’est pas matérialisée par un objet physique comme les pièces ou les billets. Elle est invisible et se matérialise par une écriture comptable. Elle est celle que l’on retrouve dans les comptes bancaires et qui se déplace dans le cadre des flux monétaires. Elle possède une apparence virtuelle, car elle est inscrite sur des comptes avec de simples chiffres.

Le chèque (de l’arabe « sakk », signifiant « paiement signé »), moyen de paiement scriptural utilisant le circuit bancaire, est généralement utilisé pour faire transiter de la monnaie d’un compte bancaire à un autre. Il nous vient dans doute d’Angleterre. En effet, en 1742, la Banque d’Angleterredétenant le monopole des billets de banque, les banquiers londoniens, qui ne peuvent plus émettre de billets, perfectionnent le mécanisme de la lettre de change et créent le chèque En 1777, ils cessent leurs émissions de billets, remplacés par l’usage du chèque. La Banque de France émet ses premiers chèques en 1826, sous le nom de « mandats blancs », qui permettent le retrait de fonds reçus en dépôt sans intérêt par la Banque. La véritable introduction du chèque en France, sous sa forme actuelle, date du 14 juin 1865, mais son usage reste alors peu répandu.

1.2. L’évolution des activités financières et boursières au fil des siècles

1.2.1 L’histoire de la banque

L’histoire de la banque suit d’abord les grandes étapes de l’histoire de la monnaie, puis s’en écarte à partir du XIX°. Pour bien comprendre cette aventure, dont le pivot est le crédit,  il est peut-être nécessaire de recourir à certaines définitions que nous donnons dans notre (Le Saviez-vous N°2) : prêt et usure, crédit et débit, escompte et réescompte, agio et courtage.

1.2.1.1. Les activités bancaires dans l’Antiquité

Déjà en Mésopotamie, 2000 ans av. J.C., des activités de type bancaire sont pratiquées. Certains commerçants reçoivent des dépôts et octroient des crédits. Comme la monnaie n’existe pas encore, ces opérations portent sur des biens précieux. Les « banquiers » d’alors sont de simples loueurs de coffres et de simples prêteurs sur gages. Les temples religieux jouent souvent ce rôle. Vers le VII° av. J.C., suite à l’apparition de la monnaie en Lydie, les opérations de prêts et de dépôts se développent considérablement, ainsi que les opérations de change à l’occasion de l’essor du commerce international méditerranéen. Apparaissent alors les « changeurs », appelés trapézitesen Grèce antique (du nom de la table, trapeza, sur laquelle ils officient). Sous l’Empire romain, apparaissent les monetarii associés aux ateliers de frappe de monnaie et les argentarii, les financiers de l’époque qui pratiquent, dans le cadre de « banques », une large palette de services bancaires : dépôts, crédits, tenue de comptes, services de praescriptio (« chèques ») et collectent même les impôts. Certaines banques romaines accompagnent les armées : l'activité de leurs negociatoresconstitue le premier réseau bancaire international. Par ailleurs, les ordres supérieurs romains, qui disposent de vastes fortunes, se livrent, sous des prête-noms, à des activités de spéculation et de prêt et deviennent également des financiers pratiquant le crédit. Cette situation, où il y a des banquiers, mais pas de banque au sens institutionnel, perdure jusqu’au haut Moyen Age.

1.2.1.2. Les activités bancaires au Moyen Age

La régression monétaire qui caractérise le haut Moyen Age (Cf. 1.1.2) conduit à la réduction des activités de change et de crédit. De plus, l’Eglise condamne le prêt à intérêt (ou usure) qu’elle qualifie de péché et de vol au regard de la justice Seule une petite collectivité de financiers, généralement syriaques ou juifs, poursuivent les activités de prêts, de placement des émissions de monnaies frappées, de spéculation sur les différences de cours entre l’or et l’argent entre les différentes places européennes et Byzance et surtout de change, car chaque grand seigneur ou chaque grande ville a le droit de frapper sa propre monnaie. En effet, si le judaïsme interdit généralement l’usure, il l’autorise envers les pratiquants d’une autre religion, donc aux chrétiens.

Au Moyen Age, dès le XII°, les activités bancaires reprennent avec le développement du commerce international et les échanges entre l’Europe et l’Orient. A cette époque, les opérations financières sont pratiquées par les juifs, par les Templiers et par les Lombards. Les Templiers, banquiers des pèlerins des croisades, sont aussi, jusqu’à la fin du XIII°, ceux du Roi de France. Mais, du fait de leur richesse et de leur trop grande indépendance, le roi Philippe le Bel décide de s’attaquer à leur ordre pour s’emparer de leur or et dissout le Temple en 1312. D’autre part, l’importance des foires de Champagne et de Lyon, permettent l’implantation de « banques » un peu partout en Europe. Les premières « banques » sont des boutiques de prêts, qui sont l’œuvre de grandes familles italiennes ( à Venise, Florence, Pise ou Gênes), mais aussi de corporations d’arts et métiers (guildes), comme celle des marchands de céréales lombards qui, peu à peu, laissent tomber le commerce itinérant pour les activités de crédit et de prêt aux taux très élevés. Au XIII°, ceux-ci s’installent dans plusieurs pays européens et reçoivent l’autorisation d’ouvrir des banques de prêt, d’abord en France, puis dans les territoires limitrophes, car l’autorité sévère de Saint-Louis contre l’usure les chassent. C’est à eux que l’on doit deux innovations fondamentales : le compte à vue et la lettre de crédit. Le compte à vue qui permet de retirer partiellement ou totalement les fonds à tout instant. Il a été rendu possible par l’invention de la comptabilité en partie double. Celle-ci représente les opérations et la situation financière d’une entreprise ou d’une organisation par au moins deux comptes (un compte débité et un compte crédité), ce qui permet de matérialiser la dualité des flux impliqués dans chaque transaction comptable. Dès la fin du XIII°, ce système est d’un emploi fréquent dans les « banques » italiennes.  Il est codifié en 1494, à Venise, par le moine Luca Pacioli. Dès la fin du Moyen Age, la cité d’Anvers l’utilise. Quant à la lettre de crédit, elle est une garantie de paiement. C’est un document par lequel « la banque » s’engage à payer le vendeur pour le compte de l’acheteur. Ce n’est pas un instrument de paiement, contrairement à la lettre de change. Elle est le plus souvent utilisée dans le cadre du commerce international.

Au Moyen Age, Florence devient une place bancaire de tout premier plan, avec la présence de nombreuses banques familiales : Peruzzi, Frescolbaldi, Ricciardi, Mozzi, Pulci, Corcini, Cocchi, etc. D’autres villes italiennes ont aussi leurs banques familiales : Venise (Bendetto, etc.), Sienne (Buonsignori, Tolommei, etc.), etc. Venise, républicaine et indépendante, devient la plate-forme monétaire internationale. Son succès repose principalement sur l’arbitrage entre les cours respectifs de l’or et de l’argent entre l’Orient et l’Occident. Mais, en s’installant dans d’autres pays et en y implantant leurs pratiques financières, les marchands Lombards sont à l’origine du développement d’autres grandes places financières européennes comme Bruges, Londres, Paris ou Barcelone. En France, c’est la famille Pisdoé qui, vers 1276, devient l’une des plus puissantes dynasties de banquiers français du Moyen Age. Elle est le principal financier des derniers rois Capétiens et en tire une position politique considérable. En 1307, elle est chargée de la liquidation des biens de l’ordre des Templiers. En 1358, elle s’illustre dans la Révolte de Paris, où elle faillit déstabiliser le pouvoir royal, suite à la tentative d’assassinat du Dauphin, le futur Charles V, par Martin Pisdoe. Ses biens sont alors confisqués. Elle est exilée à Héritôt jusqu’en 1770, date de sa réhabilitation par Louis XV.

1.2.1.3. Les banques à la Renaissance (XV°-XVI°)

A la Renaissance, les premières banques de dépôts privées modernes voient le jour. La position quasi-monopoliste des Lombards en finance disparaît avec la création de grands établissements internationaux privés par les Médicis, les Alberti ou les Strozzi à Florence, par plusieurs grandes familles génoises, vénitiennes ou milanaises, ainsi que par de grandes familles protestantes qui émergent avec la Réforme, car elles ne sont pas frappées d’interdit d’usure comme dans la religion catholique (les Fugger et les Welser). La banque Médicis, créée en 1397 à Florence, permet d’améliorer le système de comptabilité en partie double validant crédits et débits, base de la comptabilité moderne. Elle devient, grâce à Cosme de Médicis, la banque du pape en 1460. Banque la plus importante d’Europe au milieu du XV°, avec des filiales dans différentes villes (Venise, Milan, Avignon, Bruges, etc.), elle subit, après la mort de Cosme, une banqueroute définitive à Florence en 1494. C’est au XV° (1472) que les magistrats de Sienne (en Toscane) créent la Monte dei Paschi di Sienna, qui est, de nos jours, la plus ancienne banque du monde encore en activité. Il s’agit d’un mont-de-piété, c’est-à-dire un organisme de prêt sur gage qui a pour mission de faciliter les prêts d’argent, notamment en faveur des plus démunis.  En France, Jacques Cœur, marchand, négociant-banquier et armateur, contribue au financement de la royauté française, aide Charles VII et devient Grand Argentier du royaume de France (1439). Sa maîtrise de la dette publique en fait un financier incontournable, mais le mène à sa perte. De leur côté, les familles Welser et Fugger, marchands et banquiers du Saint Empire romain germanique, se partagent la domination du commerce et de la finance européenne. Elles sont à l’origine de la pratique moderne de la banque et de la finance. Jacob Fugger devient, en 1490, le banquier du Saint Empire et soutient, en 1519, l’élection de Charles Quint. C’est alors que Gênes s’allie avec Charles Quint. Suivant cet accord, les banquiers génois vont dominer les marchés financiers européens, et ce, jusqu’en 1620. Dans le même temps, les établissements bancaires comparables à ceux qui existent aujourd’hui, comme la banque genevoise, la Banco di San Giorgio, sont dorénavant capables de recevoir des dépôts et de gérer des comptes. Dans la seconde moitié du XVI°, les transactions commerciales se concentrent vers Anvers, où est créée en 1592, la première bourse de cotation des matières premières (Voir 1.2.2.). Au XVI°, apparaît le mot banque (issu de l’italien « banca ») pour désigner le banc en bois sur lequel les changeurs exerçaient leur activité.

Pendant la Renaissance, le dogme chrétien, qui considère l’usure comme péché, n’est plus respecté. Ce relâchement théologique fait suite à la notion nouvelle de « Purgatoire ». C’est Jean Calvin, qui, au cours du XVI°, est le premier théologien à accepter le prêt à intérêt. La réforme protestante joue un rôle important pour rendre légal le prêt à intérêt dans les pays européens. Calvin écrit en 1545 « Lettre sur l’usure », où il accorde l’intérêt en se basant sur le fait que le capital qui est emprunté sert à investir. Ainsi, au XVII°, le système bancaire fait-il d’énormes progrès, dans les pays protestants, grâce à l’autorisation du prêt à intérêt, qui reste officiellement interdit en France jusqu’à la Révolution.

1.2.1.4. Les banques au XVII° et au XVIII°

A partir du XVII°, le développement du papier-monnaie et la création de banques centrales révolutionnent le monde de la banque. En effet, la banque centrale d’un pays (ou d’un ensemble d’Etats) est une institution, chargée par l’Etat d’appliquer sa politique monétaire,  de stabiliser les taux d’intérêts, les taux de change et les prix et d’émettre les billets.  En 1609, l’une des premières banques européennes publiques de dépôt est créée : la Banque d’Amsterdam. Jusqu’en 1820 (date de sa liquidation), elle est l’une des premières places financières du monde, avant de laisser la place à Londres. En France, Everhard Jabach, allemand naturalisé français, l’un des directeurs de la Compagnie des Indes, créé la Banque Jabach, à Paris (1638) et Colbert la Caisse des emprunts (1673), caisse publique, qui permet l’échange d’apports en espèces contre une promesse de remboursement à terme avec un intérêt de 5%, En Suède, Johan Palmstruch, marchand hollandais, fonde la Banque de Stockhom (1656), qui devient Banque de Suède, première banque centrale d’Europe (1668) ; A Londres plusieurs banques sont créées : Child & Co (1664), C. Hoare & Co(1672, toujours en activité) et la Banque d’Angleterre (1694) par William Paterson, banque sui supplante la Banque de Stockholm. Les villes de Londres et d’Amsterdam deviennent des places financières importantes. Le pôle financier devient donc, petit à petit, le Nord de l’Europe.

Au XVIII°, les banques européennes adoptent le papier-monnaie : la Banque d’Angleterre (1708), la Banque générale française (1718), la Wiener Stadtbanco (1762) pour l’Allemagne et l’Autriche, la Banque d’assignation de Saint-Pétersbourg et de Moscou (1769). De nouvelles dynasties familiales se constituent : RothschildLazard ou Stern. En France, en 1760, est créée, à Toulouse, la maison de banque Courtois & Cie, la plus ancienne banque française encore en activité de nos jours. Mais, la progression de l’activité bancaire est ralentie par des faillites retentissantes, comme celle du système de Law (Voir 1.1.3.2.) en France (1720).

1.2.1.5. Les banques au XIX°

À partir de la fin du XVIII°, mais surtout au XIX°, c’est la révolution industrielle : création de la machine à vapeur, production d’acier, de charbon et de textile en masse, etc. L’essor des banques est alors favorisé par trois facteurs : le développement de la monnaie fiduciaire (Voir 1.1.3.), puis de la monnaie scripturale (Voir 1.1.4.), ainsi que l’utilisation de titres (actions) pour financer les entreprises commerciales (Voir 1.2.2.).

En France, en 1800, Napoléon crée la Banque de France, de capital privé. Sa création a pour objectif de gérer les crédits de l’Etat et de faciliter le rachat des billets à ordre et traites, afin de favoriser l’activité économique. Elle se voit également attribuer le rôle d’émission de billets, en 1805 sur Paris seulement, puis en 1848 sur l’ensemble du pays. En 1816, est créée la Caisse des dépôts, pour rétablir la confiance dans les finances publiques. En 1818, c’est la création d’une première Caisse d’Epargne à Paris, mais les classes populaires ont une faible capacité d’épargner et une modeste confiance envers l’institution.  En 1835, les caisses d’Epargne sont reconnues comme établissements privés d’utilité publique et voient en 1837 l’administration de leurs fonds confiée à la Caisse des dépôts. Durant cette première moitié du XIX°, ce sont encore les établissements bancaires familiaux qui régissent le monde économique. Ceux-ci, qui ne s’adressent qu’aux grosses fortunes dont les capitaux sont placés à long terme dans des entreprises industrielles et commerciales ou dans des emprunts et fonds d’Etat, sont qualifiés de Haute Banque. Les représentants les plus typiques de ces « banquiers-marchands » sont les Rothschild, les Mirabeau ou les Perier de Grenoble.

Ce n’est qu’avec le Second Empire, à partir de 1851, que naît véritablement la banque moderne, avec deux types de banques : les banques de dépôt et les banques d’affaires. Les premières sont consacrées presque exclusivement à des opérations de crédits à court terme, tandis que les secondes se livrent à des opérations plus longues, plus aléatoires, mais produisant plus de bénéfices. En France, les premières banques de dépôt sont : le Comptoir d’escompte (1853), celui de Paris étant l’une des quatre banques fondatrices de la BNP Paribas ; le Crédit lyonnais (1863), fondé par Arlès-Dufour et Henri Germain et inspiré de la doctrine de Saint-Simon ; la Société Générale(1864.), créée par un groupe d’industriels dont Talabot et la famille Rothschild, qui se présente d’abord comme banque d’affaires et de dépôt, mais qui, presque emportée par la crise économique et boursière de 1882, limite ses activités au montant de ses fonds propres. A côté de ces banques de dépôts, sont créées des banques d’affaires : le Crédit Mobilier(1852), créé par les frères Pereire, qui, d’abord banque de dépôts, se tourne vers les activités d’une banque d’affaires ; la Banque de Paris et des Pays-Bas (1872) ; l’Union Générale (1878), banque catholique qui a fait une faillite retentissante en 1884 et dont l’histoire a inspiré Zola dans son roman L’Argent. Cette période correspond aussi à la création de grandes banques européennes : en Suisse, la Banque de Winterhour (1862) et la Banque de Toggenburg (1863) ; en Grande-Bretagne, la Lloyds Bank (1865) ; en Allemagne, la Deutsche Bank (1870). Mais, beaucoup sont victimes de crises financières (Cf.1.2.2.). C’est pourquoi, l’Etat encadre de plus en plus leur activité et souhaite les mettre sous sa tutelle. En 1844, une loi très importante (Bank Charter Act), en Angleterre, ouvre la voie à la nationalisation des banques centrales et au monopole de l’émission de la monnaie.

Après la guerre de 1870, les banques sont menacées par les retraits massifs de l’épargne, la population craignant pour son argent. En France, l'État, fortement endetté après l'indemnité de guerre de 1871, émet la « rente », c'est-à-dire des titres publics, les banques faisant office d'intermédiaire avec les investisseurs individuels ou institutionnels, notamment les compagnies d'assurances. Vers la fin du XIXème naît également un système bancaire mutualiste que l’on nomme banques populaires. Ces banques distribuent des crédits aux artisans, petits commerçants et petits industriels. Ce sont : les Caisses de Crédit Agricole (1874) ; la Banque Populaire (1878), créée à Angers ; Le Crédit Mutuel(1880), en Alsace, en Lorraine et en Bretagne.

1.2.2 L’histoire de la Bourse

Pour bien comprendre l’histoire de la Bourse et la représentation de l’argent romanesque dans notre corpus, il est peut-être nécessaire de recourir à certaines définitions que nous donnons dans notre (Voir Le Saviez-vous N°3) : bourse, bourse de valeurs, bourse de commerce, valeurs mobilières (actions et obligations.

Les valeurs mobilières existent depuis le Moyen Age. Au XII°, les courtiers de change sont chargés, en France, de contrôler et réguler les dettes des communautés agricoles pour le compte des « banques ». Ils se réunissent sur le Grand Pont à Paris, l'actuel Pont au Change. A la même époque, naît la première société française de type société anonyme ou société par actions. Il s’agit de la Société des Moulins du Bazacle, fondée à Toulouse par les citoyens de la ville pour partager l’exploitation d’une série de moulins servant à transformer les blés récoltés dans la région toulousaine en farine. Au XIII°, les banquiers lombards sont les premiers à échanger des créances d'État à PiseGênes ou Florence. Les obligations d'État ont, dès l'origine, constitué la grande majorité des obligations, les commerçants préférant s'endetter à court terme par le biais d'effets de commerce.

Au XIV°, les ancêtres des bourses sont les premiers centres financiers qui se développent en Europe méditerranéenne (Pise, Venise, Florence, Gênes, Valence, Barcelone, etc.). Puis, les activités financières se déplacent vers le nord de l’Europe, notamment à Bruges, qui s’impose comme le premier siège des investisseurs européens, grâce à la renommée de ses foires et de son port, et le climat de tolérance et de liberté qui y règne. En 1409, est créée la Bourse de Bruges. Ce n’est qu’un siècle plus tard, que d’autres Bourses sont créées, en Flandre et dans les pays environnants : Anvers (1515), Amsterdam (1530), etc. C'est à Anvers que le premier bâtiment conçu spécialement pour abriter une bourse est édifié. La première bourse organisée en France est créée à Lyon en 1540, suivie par celle de Toulouse (1549) et de Rouen (1566). Initialement, les premières bourses sont des bourses mixtes, qui traitent à la fois de marchandises et de capitaux. Par exemple, la Bourse d'Amsterdam, créée entre négociants pour échanger des marchandises, accueille au début du XVII° des transactions financières, avant de voir une séparation des deux branches, bourse de commerce et bourse de valeurs. Il en est de même à Londres, où le Royal Exchange, bourse de commerce créée en 1554, accueille en 1695 les premières transactions de titres, avant la création officielle du Stock Exchange en 1773.

Au XVII°, Les Hollandais sont les premiers à utiliser la Bourse pour financer des entreprises : la première entreprise à émettre des actions et des obligations est la Compagnie néerlandaise des Indes orientales, introduite en 1602. C’est aussi, en Hollande, qu’a lieu, en 1636, le premier krach. boursier :  les cours des bulbes de tulipe atteignent des niveaux excessivement élevés et leur cours s'effondre le premier octobre. C'est la tulipomanie (Voir Le Saviez-vous N°4). En 1688, on commence à coter les actions et obligations à la bourse de Londres.

Au début du XVIII°, dans la guerre commerciale que l'Angleterre livre aux Pays-bas, Londres supplante Amsterdam. En 1724, la Bourse de Paris voit le jour. Avec elle, Louis XV espère rétablir un semblant d'ordre au sein de l'économie française, fortement bouleversée par la faillite du système de Law. La bourse est soumise à une forte règlementation, qui interdit son accès à la femme. Grâce à l’émission de titres, le marché boursier donne la possibilité aux entreprises de se financer, d'investir, en mettant directement en contact l'offre et la demande de capital. De 1763 à 1767, le roi fait construire une Halle aux blés, devenue ensuite la Bourse de commerce de Paris, installée dans ses propres locaux en 1885 après avoir été d'abord hébergée dans ceux du Palais Brongniart. Elle est organisée sur le modèle du Royal Exchange de Londres. En 1774, à la Bourse de Paris, les cours doivent désormais être obligatoirement criés, afin d'améliorer la transparence des opérations. 1792 voit la création de la Bourse de New York (Wall Street).

Au XIX°, la révolution industrielle permet le développement rapide des marchés boursiers, entraîné par les besoins importants de capitaux pour financer l'industrie et les transports. L’accélération des bourses de valeurs est caractéristique du premier tiers du XIX°. Un public de plus en plus large est saisi par l'engouement pour les actions. C’est l’époque de la Railway mania, c’est-à-dire de l’investissement massif dans les sociétés de chemins de fer.  Cet intérêt financier et industriel pour le chemin de fer, dont l'expansion entraîne celle de la sidérurgie, se traduit par deux périodes de forte expansion : la croissance économique mondiale des années 1830, très forte en Angleterre, puis la croissance économique mondiale des années 1850. C’est alors la création de nombreuses banques par actions et de nombreuses Bourses de commerce : Le Chicago Board of Trade de Chicago (1848), qui est la plus ancienne bourse de commerce américaine ;  La Bolsa de Comercio de Buenos Aires(1854) ; le Butter and Cheese Exchange of New York (1872), fondé par un groupe de négociants en produits laitiers et qui sera rebaptisée New York Mercantile Exchange (NYMEX) ; le Chicago Produce Exchange(1874) ; le London Metal Exchange(1877) ; etc. Le XIX° connaît plusieurs crises boursières : Londres (1825), New-York (1837, puis 1857, l’un des premiers krachs de Wall Street) ; Londres et Paris (Crise de 1866). La fin du siècle voit le krach de Vienne (1873), première crise boursière internationale.

1.3.        La représentation de l’argent dans la littérature

La fascination, éprouvée depuis toujours, pour l’argent en a fait un motif récurrent dans la littérature. Ne pouvant traiter ici un sujet aussi vaste, nous donnons uniquement quelques pistes.

1.3.1.     Dans l’Antiquité

Dans l’Antiquité grecque, le thème de l’argent et le personnage de l’avare apparaissent déjà dans les fables d’Esope (620-564 av. J.C.), brefs récits en prose compilés par Démétrios de Phalère vers 325 av. J.C. et dont s’est inspiré La Fontaine. Citons plus particulièrement L’Avare et le Passant, L’Avare et l’Envieux, L’Homme qui ne tient compte du trésor, Le Voleur et le pauvre homme, Le corroyeur et le Financier.

Plus tard, on retrouve le thème de l’argent dans la comédie antique grecque, surtout avec la comédie nouvelle (ou Néa) dont les pièces sont bâties autour d’une situation familiale associant amour, argent et quiproquos et de types sociaux caricaturés : le père avare, la belle-mère acariâtre, etc. Ce type de comédie est illustré par L’Avare ou le Misanthrope (317 av. J. C.) de Ménandre. Le personnage de l’avare, qui est devenu un archétype, apparaît donc très tôt dans la littérature, avec celui de l’usurier. Le thème de la prodigalité y apparaît aussi, chaque fois qu’un jeune homme se laisse aller à toutes les folies sous l’effet de la passion amoureuse et dissipe son patrimoine en festins et cadeaux offerts à celle qu’il aime.

Dans l’Antiquité romaine, on retrouve le personnage de l’avare et de l’usurier dans la comédie qui se développe au II° av. J.C., dans des pièces adaptées de la comédie nouvelle grecque : L’Aululariaet La Marmite de Plaute ; L’Heautontimoroumenos de Térence. Au I° av. J.C., dans Les Satires d’Horace, on retrouve de multiples personnages et situations comiques hérités de la Néa, dont l’avare. Par exemple, Horace met en scène un avare, dans la Satire I.1 et un usurier, dans la Satire I.2.L’avarice est condamnée dans Les Satires, à plusieurs reprises. Il en est de même de la prodigalité et de la passion amoureuse.

1.3.2.     Au Moyen Age

Au Moyen Age, que ce soit les récits de vies, les épopées, les chansons de geste, puis la littérature courtoise, ces types de littérature sont peu enclins à la représentation de l’argent. En effet, dans la tradition chrétienne, l’avarice est considérée comme l’un des sept péchés capitaux et les Écritures sont sévères à l’égard du cupide. D’autre part, nous l’avons vu précédemment, le commerce de l’argent sous la forme de prêts avec intérêt (usure) est interdit selon certaines interprétations de la Bible. C’est avec la littérature satirique, littérature de la bourgeoisie, malicieuse, réaliste, voire grivoise, que l’on peut rencontrer l’argent. La représentation la plus célèbre en est Le Roman de Renard, écrit du XII° au XIV° par plusieurs auteurs. D’abord parodie de la littérature aristocratique et satire sociale, cette épopée animale finit par devenir un genre allégorique où Renard représente le mensonge hypocrite et la toute-puissance de l’argent. On rencontre aussi le thème de l’argent dans les fabliaux et la littérature morale des XIII° et XIV°, avec les contes à rire et les contes édifiants. On y rencontre des avares (comme dans Le vilain mire dont s’inspire Molière pour son Médecin malgré lui). Enfin, l’on trouve aussi la représentation de l’argent dans le théâtre comique, né vers le milieu du XIII°, directement issu du théâtre gréco-romain, notamment avec les soties et les farces. Dans la plus connue, La Farce de Maître Pathelin (1465), est mis en scène un avocat sans cause, fourbe et imaginatif qui berne le drapier Guillaume.

1.3.3.     Au XVI°

Au XVI°, si le discours antique et médiéval sur l’avarice perdure, la réflexion et les représentations se renouvellent avec l’essor de la circulation monétaire, la possibilité du prêt à intérêts, jusqu’alors proscrit par la religion, et le rôle de l’argent dans le fonctionnement de la justice. On rencontre deux discours sur l’avarice : un discours normatif qui s’adresse au juge ou au roi ; un discours descriptif qui décrit l’avarice comme une souffrance individuelle et un mal social, car celle-ci dérègle les rapports sociaux et la circulation de l’argent et corrompt le fonctionnement de la justice. Aussi, trouve-t-on, dans plusieurs œuvres du XVI°, une analyse du rapport avarice-justice, comme, par exemple, dans Le Tiers-Livre de Rabelais, Les Essais de Montaigne ou encore Les Tragiques d’Agrippa d’Aubigné. Quant à Ronsard, dans Hymne de l’or, faisant référence à la fois à Tantale et au roi Midas, il représente l’avare comme un être qui meurt de faim et de soif au milieu de son vin et de son pain.

Dans l’œuvre de Rabelais, les représentations de l’argent sont abondantes. Celui-ci joue un rôle de premier plan dans l’univers de Panurge. Dès Pantagruel, on voit le rapport étroit et nécessaire qui existe, chez Panurge, entre l’argent et le pouvoir. L’argent est, pour lui, un moyen de dominer, d’appâter, d’asservir ou d’humilier autrui, mais aussi de flatter son ego. Il  manque toujours d’argent, mais il sait toujours en trouver (vols, tromperies, escroqueries, etc.). Dans certains épisodes du Gargantua, l’argent, l’or et les objets de luxe se manifestent abondamment, à cause du statut royal des personnages (Voir le Chapitre 8, Comment on vestit Gargantua). A la fin de la guerre picrocholine, on trouve même le thème du don charitable, avec l’épisode de la générosité envers le roi pirate Alpharbal et celui de l’abbaye de Thélème.  Enfin, dans le Tiers et le Quart livre, on trouve les thèmes de la dette et du crédit.

1.3.4.     Au XVII°

Le début du XVII° se caractérise par la préciosité, qui donne naissance à une littérature essentiellement psychologique avec le roman d’analyse de Mme de La Fayette : La Princesse de Clèves. L’argent y est absent, car il est associé au bas, au commun, voire au vulgaire. Par contre, le burlesque traduit la réaction bourgeoise et populaire contre le raffinement précieux. Les romans, auxquels il donne naissance, abondent en représentations des circulations monétaires : Le Roman bourgeois de Furetière (1619-1688) ou Le Roman comique de Scarron (1610-1660), où les personnages comptent et recomptent les écus. Quant à Boileau (1636-1711), dans ses Satires, il réagit contre la préciosité et écrit des vers parodiques. Les avares n’y manquent pas et, dans la Satire X, on trouve même un ménage d’avares. L’avare est en fait devenu un thème classique.

D’autre part, si l’argent est absent de la tragédie de Corneille ou de Racine, la comédie, tout au contraire, met en scène cassettes, écus, pistoles, dots, héritages, etc. C’est ainsi que, le théâtre de Molière (1622-1673) représente le thème de l’argent sous plusieurs de ses formes (l’argent de la dot, de l’héritage, des gages etc.), notamment dans L’Ecole des femmes, Le Malade imaginaire, Don Juan, etc. Mais, il est une comédie où l’argent imprègne toute l’action, c’est L’Avare (1668). En effet, la dynamique de la pièce se structure autour de la possession de l’argent. De nombreuses facettes de l’argent y apparaissent : usure, calculs financiers, avarice (épargne sordide, insatiabilité d’argent), nécessité d’avoir de l’argent, mais vanité de calculer la vie dans les termes de l’échange, etc. Contrairement à la comédie grecque où la fortune de l’avare tombait du ciel, au XVII°, l’avare constitue lui-même son trésor.

Chez les moralistes, citons La Bruyère (1613-1680). Dans ses Caractères où les Mœurs de ce siècle (168), La Bruyère aborde la critique sociale et même politique. Les défauts des hommes qu’il raille sont souvent liés à l’injustice des privilèges que confère la naissance ou l’argent, comme dans « Des Biens de fortune », chapitre IV des Caractères.  Quant à Bossuet (1627-1652), il aborde aussi le thème de l’argent dans ses Sermons.

Les Fables de La Fontaine (1621-1695) sont elles aussi très abondantes en représentations de l’argent et en réflexions sur sa nature, ses effets ou son usage : La Cigale et la Fourmi, La Laitière et le pot au lait, etc. Comme Molière, il combat sans cesse les thésauriseurs (Voir L’Avare qui a perdu son trésor, Du Thésauriseur et du Singe, etc.). Mais, à l’inverse de la tradition chrétienne, il ne condamne pas l’argent, mais l’erreur de certains hommes peu sages, qui refusent l’échange monétaire, comme dans La Cigale et la Fourmi.

Enfin, dans le monde manichéen des Contes de Perrault (1628-1703), les représentations de l’argent abondent. Il est d’abord associé au merveilleux : toutes les demeures de la noblesse se caractérisent par l’abondance et le luxe, comme celle de Barbe bleue. A côté, il y a la misère du peuple. Le manque d’argent est le thème essentiel dans Le petit Poucet. Seule une intervention merveilleuse peut porter remède à la misère. Notons enfin que le travail apparaît toujours comme une épreuve à laquelle il convient de se soumettre et dont la récompense consiste à y échapper. Ainsi, même si le travail est en passe de devenir une valeur dominante, il reste encore une punition dans un monde gouverné par les valeurs aristocratiques.

1.3.5.     Au XVIII°

Dans la littérature du XVII°, même si un héros a de l’argent, il ne peut pas accéder à la noblesse. Au XVIII°, il le peut, car tout ce qui se passe à l’époque dans le monde de la finance trouve un écho dans la littérature.

Le début du XVIII° voit l’essor du roman, avec la naissance du personnage qui apparaît sous un jour essentiellement humain et la fiction qui s’ouvre désormais aux classes plus modestes. Parmi les thèmes romanesques utilisés, l’argent fait partie des plus importants. Dans Le Paysan parvenu (1734), Marivaux (1688-1763) s’intéresse aux parvenus et montre que l’argent est le vrai moteur de l’ascension sociale et que l’appât du gain est plus fort que l’honneur. Dans La Vie de Marianne (1736), il s’intéresse aussi à l’argent (Voir le célèbre passage de la querelle de la lingère et du cocher) et illustre les divers rapports que les êtres humains entretiennent avec l’argent. Dans L’Histoire du Chevalier des Grieux et de Manon Lescaut (1731), l’Abbé Prévost décrit aussi une société où l’argent devient le moteur essentiel.

Dans le théâtre de Marivaux, l’argent est le nerf de la guerre des sentiments. On retrouve cette prédominance de l’argent dans l’amour, aussi bien dans Le Jeu de l’amour et du hasard (1730) que dans Les Fausses Confidences (1737). Quant à Beaumarchais (1732-1799), il se livre à une satire féroce de la société du XVIII°, corrompue par l’agent (Voir le mercantilisme de Don Bazile dans Le Barbier de Séville). Dans Le Mariage de Figaro, l’argent est omniprésent : Figaro veut empocher l’argent du comte sans lui rien céder en échange ; le Comte propose à Suzanne de l’argent pour obtenir un moment de galanterie ; Figaro a promis le mariage à Marceline en échange de l’argent qu’elle lui a prêté ; etc.

Du côté des philosophes, l’argent est aussi analysé. Montesquieu (1689-1755), dans L’esprit des lois (1758), consacre les Livres XX à XXII au commerce et à l’usage de la monnaie.  Dans Les Lettres Persanes (1721), il est souvent question d’argent. Montesquieu ironise même sur l’activité des sociétés par actions (Voir la Lettre 142). Chez Voltaire (1694-1778), le thème de l’argent est aussi présent, notamment dans Candide où l’argent prend des rôles différents, d’un côté source de souffrances et de corruption, et, de l’autre, récompense d’un dur travail. Dans Le Neveu de Rameau de Diderot (1713-1784), l’argent et la puissance qu’il octroie sont sans contexte le thème majeur, car selon le protagoniste « L’or est tout ; et le reste, sans or, n’est rien » (p.65) De même, dans Jacques le Fataliste, Diderot se livre à la satire d’une société où l’argent joue un rôle important, qu’il provienne du jeu, de la prostitution, de l’usure, du vol, de l’escroquerie, etc. Enfin, dans ses Confessions, Rousseau (1712-1778) montre une aversion pour l’argent et sa détestation des dettes. Dans la 9èmepromenade des Rêveries d’un promeneur solitaire, il montre qu’il existe deux usages de l’argent, selon que l’on est riche ou pauvre. De façon générale, dans tous ses écrits, il condamne sans rémission l’argent et le pouvoir. Pour lui, le développement de l’argent est toujours lié à la corruption des mœurs ; ce n’est pas l’argent qui est à l’origine du mal, mais la propriété privée.

1.3.6.     Au XIX°

Au XIX°, l’argent et les questions d’argent envahissent la littérature. Ceci s’explique au moins par deux faits essentiels. Tout d’abord, la Révolution industrielle apporte une modification du rapport à l’argent : fortunes rapidement amassées ou rapidement perdues ; fortunes anciennes brutalement disparues ; disparités des salaires et des rentes, etc. D’autre part, l’accession au pouvoir politique et économique de la classe bourgeoise s’accompagne d’un système de valeurs qui supplante tous les autres : l’avoir prime sur l’être et l’argent s’impose comme un moyen. D’un autre côté, les romanciers sont confrontés à de nouvelles réalités éditoriales liées à l’entrée de la littérature dans l’ère industrielle. Comme le montre Illusions Perdues de Balzac, le commerce de la librairie souffre d’un manque de liquidités et les auteurs sont très souvent conduits à manipuler des billets à ordre, des lettres de change ou autres effets fiduciaires. Ainsi, leurs œuvres sont-elles non seulement devenues des biens marchands, mais leur valeur est-elle soumise aux fluctuations de la monnaie, comme le souligne Zola dans son roman L’Œuvre. Fort de ce savoir économique et juridique, ils sont plus particulièrement enclins à thématiser l’objet monétaire dans leurs œuvres. Enfin, la mode des physiologies met aussi l’argent au goût du jour. C’est ainsi que voient le jour : L’Art de faire des dettes (Jacques-Gilbert Imbert, 1822), L’Art de promener ses créanciers(Jacques-Gilbert Imbert, 1824), Physiologie du créancier (Anonyme, 1840), Physiologie de l’usurier (Charles Marchal, 1841) ou bien encore Physiologie du Créancier et du débiteur (Maurice Alhoy, 1841), qui s’intéressent tout particulièrement au rôle du crédit dans la société nouvelle.

Dans le roman réaliste, le thème de l’argent n’est plus traité de façon légère ou comique, mais comme un élément majeur et négatif de la réalité du XIX° , élément qui envenime les rapports familiaux et sociaux. A partir de là, tout est chiffré : on sait à quel montant s’élève la fortune d’un personnage ou le prix d’un hôtel particulier. Chez Balzac (1799-1850), l’argent est un thème romanesque capital. L’un des motifs récurrents de La Comédie humaine est le fait que les hommes sont mus par deux forces concomitantes : les passions et la recherche de l’intérêt. L’intérêt se nourrit des passions et les passions s’actualisent dans la recherche de l’intérêt.  Alors que Balzac néglige la forme concrète des sommes d’argent, qui sont simplement désignées par leur montant en francs, chez Hugo (1802-1885), et tout particulièrement dans Les Misérables, une surprenante attention est prêtée aux réalisations matérielles variées de l’argent ainsi qu’à l’expérience spécifique qu’en ont les personnages : napoléons, louis d’or, pièces de cinq francs, billet de mille francs, liards livres, pistoles, etc. Le texte s’appuie ainsi sur la réalité d’une inégale circulation des espèces au XIX° et est le cadre de nombreuses opérations économiques. L’argent constitue aussi un sujet important dans les œuvres romanesques de Stendhal (1783-1842), où il exerce une influence importante sur la vie des personnages et même sur leur destin, comme dans Le Rouge et le Noir et La Chartreuse de Parme. Pour Flaubert (1821-1880), l’argent est la cause de tout mal. Dans Madame Bovary, il apparaît comme la condition, l’ingrédient et le carburant de tous les désirs sexuels d’Emma et la mène à la mort. De même, l’argent est un thème récurrent dans L’Education sentimentale. Chez Maupassant (1850-1893), l’argent est omniprésent. Son évocation est fidèle à l’observation de la société contemporaine, Mais, que ce soit, dans bon nombre de ses contes ou dans Bel-ami et Mont-Oriol, le monde capitaliste est décrit comme le double du monde de la folie. Enfin, le rejet de la société industrielle et de l’argent constitue la base de l’œuvre de Huysmans (Voir A Rebours, 1884 ou Sac au dos, 1880). On trouve même, dans Là-bas (1891), une réflexion sur l’absurdité de l’argent.

Dans le domaine des contes et nouvelles réalistes, l’argent est aussi décortiqué avec Mérimée (Voir La Partie de trictrac, 1830), Musset (Voir Mimi Pinson, 1845), Maupassant (Voir La Dot, 1884, ou Un Million, 1884) et Villiers de l’Isle-Adam (Voir « Virginie et Paul », dans Contes Cruels, 1883). Et, il est toujours présent dans le monde merveilleux des contes des Frères Grimm (Jacob : 1785-1863 ; Wilhelm (1786-1859), comme dans La Petite Table, l’Ane et le Bâton, où ils mettent en scène un âne crachant l’or par devant et par derrière.

Enfin, alors qu’aux siècles précédents, on parlait de la fortune en écus ou en hectares et fermages aux revenus conséquents, au XIX° apparaît une nouvelle dimension de l’argent : la virtualité. En effet, si l’argent nouvellement acquis expose avec faste son opulence, il n’en garde pas moins une part fort énigmatique, surtout avec le phénomène boursier. Dans la première moitié du siècle, après le coup d’Etat de 1830, Stendhal et Balzac notent que l’aristocratie aime se livrer à la spéculation et aux jeux des emprunts, mais sans plus. C’est plutôt L’Auberge des Adrets (1834), pièce de Frédérick Lemaire qui consacre deux personnages du monde boursier : Robert Macaire, le type de l’agioteur et M. Gogo le type de l’actionnaire grugé, types qui sont repris par les grands caricaturistes de l’époque, Philippon et Daumier. Paul de Kock lance même un roman en quatre volumes : Monsieur Gogo à la Bourse(1844).  Macaire et Gogo vont alors envahirent les œuvres des années à venir. Mais, une œuvre marque véritablement les écrivains, c’est le Manuel du spéculateur à la Bourse (1856) de J.-P. Proudhon. Si les trois-quarts du livre est consacré à la partie documentaire et technique, il est avant tout un ouvrage de moraliste qui stigmatise les abus de la spéculation. Paraissent alors ensuite toute une série d’œuvres littéraires et morales sur le monde de la Bourse. Parmi eux, se détache L’Argent de Jules Vallès (paru anonymement), véritable pamphlet qui prend le contrepied de Proudhon et joue l’immoralisme.  Dans la seconde moitié du siècle et le Second Empire, la Bourse hante les écrivains et donne naissance à toute une littérature boursière de second ordre (littérature populaire), comme Fanny de Feydeau. Il faut attendre la Troisième République pour voir le roman intégrer la Bourse à la substance de son récit, comme Fromont jeune et Risler aîné (1874) d’Alphonse Daudet ou Bel-Ami(1885) de Maupassant. Mais, c’est Zola (1840-1902) qui réussit à tisser tout un roman autour de la Bourse avec L’Argent(1891) et pour lequel il s’inspire du krach de l’Union Générale, banque catholique française fondée par Eugène Bontoux qui fut ruiné après des spéculations baissières de la part des Rothschild.

Dans la poésie, la représentation de l’argent est assez rare avant Baudelaire. Celle-ci opère un déni massif et refoule ce thème. L’argent, le signe matériel absolu, le diable, est en effet mis par l’auteur des Fleurs du Mal au cœur de sa poésie, comme il est au cœur du monde social contemporain. Baudelaire oppose au règne de l’argent un règne supérieur qui est celui de la Beauté. Il adopte une attitude polémique contre une sphère qu’il exècre. Par exemple, dans Morale du joujou, il dépeint l’enfance comme âge de la vie précapitaliste où la valeur d’usage l’emporte sur la valeur d’échange. Dans A une heure du matin, il décrit la schizophrénie capitaliste qui oblige le producteur aliéné, à vendre, pour subsister, son produit en se louant lui-même. Enfin, dans La Fausse Monnaie, il pourfend la duplicité du bourgeois.

Le corpus du mois :
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  • Le Père Goriot, Balzac (de) 
  • César Birotteau, Balzac (de)
  • Madame Bovary, Flaubert
  • Les Misérables (t.1) : Fantine, Hugo
  • Une Vie, Maupassant
  • Bel-Ami, Maupassant
  • Manon Lescaut, Prévost 
  • La petite Fadette, Sand
  • Le Rouge et le Noir, Stendhal
  • L’Ile au trésor, Stevenson
  • La Curée, Zola
  • Au Bonheur des dames, Zola
  • Le Bourgeois gentilhomme, Molière 
  • L'Argent, Zola

 

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Le saviez-vous :
  • Savez-vous que le thaler est l’ancêtre du dollar ?
  • Savez-vous quels sont les différents mécanismes financiers ? 
  • Savez-vous ce qu’est la Bourse ?
  • Savez-vous ce qu’est la tulipomanie ?
  • Savez-vous quelles sont les différentes formes de spéculation ?

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Clin d'oeil :
  • L’origine du mot « monnaie » 
  • Le sel et le salaire 
  • « Toucher le pactole » et « Riche comme Crésus » 
  • Les expressions de la monnaie 
  • Notre sou

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Quiz sur l'Argent romanesque :

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