Chaque année, la Direction générale de l’administration et de la Fonction publique (DGAFP) et la Sous-direction des études, des statistiques et des systèmes d’information (Sdessi) publient un grand rapport sur l’état de la Fonction publique, afin de suivre et analyser les tendances de l’emploi public dans les trois versants : Fonction publique de l’Etat (FPE), Fonction publique hospitalière (FPH), et Fonction publique territoriale (FPT).
Plusieurs sujets y sont abordés : évolution des effectifs, profils des agents, flux des personnels, rémunérations, formations, conditions de travail… Objectif : « [nourrir] le dialogue social et [contribuer] au débat public », stipule la DGAFP. Le rapport 2025, sorti fin octobre, porte sur des chiffres de 2023 et 2024 et est complété par un dossier sur la santé physique et psychologique des agents publics.
La Fonction publique reste le premier employeur de France
Premier enseignement : la fonction publique reste le premier employeur de France, avec 5,80 millions d’agents publics fin 2023, soit 19,9 % de l’emploi salarié et non salarié dans l’hexagone. Ainsi, presque un emploi sur cinq en France est dans le public !
Parmi ces agents, 44 % sont dans la FPE, 34 % dans la FPT, et 21 % dans la FPH. Globalement, l’emploi public a augmenté de 1,1 % entre 2022 et 2023 – un chiffre supérieur aux années précédentes. Dans la FPE, cette augmentation est particulièrement marquée dans l’Éducation nationale, l’Enseignement supérieur et la Recherche, à l’Intérieur et aux Outre-mer. Dans la FPT, l’emploi reste presque stable dans les communes mais augmente dans les intercommunalités, les départements, les régions. Dans la FPH, l’augmentation est particulièrement marquée chez les médecins.
Une hausse des effectifs… portée par les contractuels
La hausse des effectifs est portée par celle du nombre de contractuels depuis plusieurs années : entre 2011 et 2021, ils ont augmenté de 3,6 % dans la FPE, 2 % dans la FPT, 3,5 % dans la FPH… Et la hausse s’est accélérée entre 2022 et 2023 : elle est chiffrée à 4,9%. Fin 2023, les contractuels représentent ainsi 23 % des effectifs, tous versants confondus. À l’inverse, le nombre de fonctionnaires baisse légèrement depuis 2022 (-0,1%).
Côté catégories, on trouve dans la Fonction publique 39 % d’agents en catégorie A, 22 % en catégorie B, et 39 % en catégorie C, soit une répartition similaire à 2022… Bien que le rapport note une augmentation de la proportion de catégories A et une baisse de celle des catégories C depuis 2011. Les catégories A sont particulièrement représentées dans la FPE – cela s’explique par le poids des enseignants – et ceux de catégorie C plutôt présents dans la FPT.
Un profil très féminin et de plus en plus âgé
La Fonction publique reste majoritairement féminine (64% des effectifs, contre 47 % dans le secteur privé)… Sauf dans les catégories les plus élevées : elles restent minoritaires dans la catégorie A+, où elles représentent 45% des effectifs. Néanmoins, cette part augmente constamment depuis 2011, avec un bond de 7 points.
Les chiffres montrent aussi que certains métiers restent très genrés. Par exemple, la part des femmes est particulièrement élevée dans la FPH (78 % des effectifs) ou dans les communes (neuf agents sur 10), mais elle l’est beaucoup moins dans les départements… Et le rapport l’explique par « la faible proportion de femmes dans les services d’incendie et de secours ».
Enfin, les agents publics vieillissent : leur âge moyen a augmenté d’un an et demi depuis 2011, pour s’établir en 2023 à 44 ans – contre 41 ans dans le privé. La part des moins de 30 ans reste stable, mais le nombre d’agents de plus de 50 ans augmente constamment depuis 2011… Et ils représentent en 2023 plus du tiers des effectifs – voire la moitié dans la catégorie C.
On entre moins dans la Fonction publique, on en sort moins… Et on part moins à la retraite !
En 2023, on entre moins (-2,3 %) et on sort moins (-5,8 %) de la Fonction publique qu’en 2022… Et ceux qui le font sont en grande majorité (9 personnes sur 10) des contractuels. Côté retraites, le rapport note une chute du nombre de départs (-13 %), et l’associe aux « premiers effets d’une année pleine de la dernière réforme des retraites, en 2023 ».
Un salaire qui augmente mais un pouvoir d’achat qui baisse… Et des écarts salariaux entre les hommes et les femmes qui persistent
En 2023, le salaire net mensuel moyen d’un agent équivalent temps plein s’élève à 2652 euros net… Avec une disparité selon les versants : 2 886 euros dans la FPE, 2 254 euros dans la FPT et 2 842 euros dans la FPH. Le rapport mentionne, par comparaison, le salaire net mensuel moyen des salariés du secteur privé : 2 735 euros en 2023. Le salaire net moyen a augmenté de 4,1 % en 2023, en euros courants. Mais l’inflation restant soutenue, les mesures prises ne suffisent pas à compenser la perte de pouvoir d’achat : moins 0,7 % en 2023, après moins 1,4 % en 2022.
Côté égalité salariale, malgré une baisse des écarts de salaires entre hommes et femmes depuis 2013, ceux-ci persistent : les femmes gagnent en moyenne 9,9 % de moins que les hommes dans la Fonction publique. Cet écart est un peu plus bas que dans le privé, où les femmes gagnent en moyenne, et à temps de travail identique, 14 % de moins que les hommes.
Conditions et temps de travail
En 2024, la durée annuelle de travail pour les agents à temps plein, hors enseignants, est de 1637 heures – soit 47 heures de moins que dans le privé. Elle est variable selon les versants : plus élevée dans la FPE et plus faible dans la FPT. Un agent sur cinq, enseignants inclus, travaille à temps partiel – en particulier les femmes, les moins de 30 ans, et les contractuels. Côté télétravail, 18 % des agents sont concernés, soit 1% de plus qu’en 2023. Cette proportion est plus faible que dans le privé (22 %).
Enfin, le rapport note une baisse de l’absentéisme pour raisons de santé depuis 2022 : 5 % des agents déclarent avoir été absents au moins un jour pour la semaine de référence, soit une proportion égale à celle du privé. Les femmes et les salariés de plus de 50 ans sont particulièrement concernés.
Les agents publics vont un peu moins bien que les salariés du privé
Cette année, le rapport s’est aussi attaché à mesurer la santé physique et mentale des agents. Résultats : ceux-ci sont 81 % à se déclarer en « bonne » ou « très bonne » santé – soit à peu près autant que les salariés du secteur privé (82 %). Les agents les plus concernés par des problèmes de santé sont les femmes, les agents les plus âgés, et les catégories C.
Côté psychologie, 8 agents sur 10 présentent un score de bien-être psychologique dit « épanoui » ou « satisfaisant ». Mais les personnes présentant un risque de « symptômes dépressifs » sont un peu plus nombreuses dans la Fonction publique que dans le privé : 19 %, contre 16 %. Là encore, les femmes et les agents publics les plus âgés sont les plus concernés. Le type d’emploi joue aussi : les professions de l’enseignement et les employés administratifs sont les plus exposés, et les ouvriers, ainsi que les militaires et policiers – professions plus jeunes et plus masculines – sont les moins exposés.
Julie Desbiolles, Réseau Service Public
Pour aller plus loin :
- Lire le rapport intégral : Rapport annuel sur l’état de la fonction publique – Édition 2025
- Chiffres clés : Chiffres clés de la fonction publique – Édition 2025
- Vidéo sur la santé des agents publics : La santé des agents publics