Pour commencer : santé mentale, RPS, de quoi parle-t-on ?
L’Organisation mondiale de la santé (OMS), définit une bonne santé mentale comme un « état de bien-être qui permet à chacun de réaliser son potentiel, de faire face aux difficultés normales de la vie, de travailler avec succès et de manière productive, et d’être en mesure d’apporter une contribution à la communauté ». Au travail, la santé mentale est menacée par des Risques psycho-sociaux, ou RPS. Santé Travail FP, plateforme dédiée à la santé, la prévention et qualité de vie au travail dans la Fonction publique, en cite une définition : « [Ce sont] les risques pour la santé mentale, physique et sociale, engendrés par les conditions d’emploi et les facteurs organisationnels et relationnels susceptibles d’interagir avec le fonctionnement mental ». Ils sont souvent classés en six catégories : Intensité du travail, exigences émotionnelles, manque d’autonomie dans le travail, mauvaise qualité des rapports sociaux, conflits de valeurs, insécurité de la situation de travail.
Pour en savoir plus.
La présence de ces RPS peut avoir de multiples conséquences sur les employés : dépressions, insomnies, troubles cardio-vasculaires… Et au-delà de l’impact de ces troubles sur le travail en lui-même – absentéisme, manque de productivité, accidents… – rappelons que le Code du Travail oblige tout employeur à « protéger la santé physique et mentale des travailleurs ».
Dans la Fonction publique, des femmes moins « épanouies » que les hommes
Paru en octobre 2025, le dernier rapport annuel sur l’état de la Fonction publique de la direction générale de l’administration et de la fonction publique (DGAFP) consacre un dossier au bien-être psychologique des agents. Grâce à un indice de l’OMS, ils y sont classés en trois catégories : ceux présentant un risque de « symptômes dépressifs », à contrario ceux qui sont « épanouis »… Et entre les deux, ceux étant dans un bien-être psychologique « satisfaisant ».
Le rapport croise cet état de santé mentale avec plusieurs facteurs… Dont le genre. C’est ainsi que l’on constate que si la proportion de femmes dans un état de bien-être « satisfaisant » est de 6 points plus élevée que celle des hommes, une différence frappante se joue aux deux extrémités du spectre : les hommes se classifient plus souvent que les femmes comme « épanouis » (35 % des hommes, 24 % des femmes), tandis que les femmes présentant un risque de « symptômes dépressifs » sont plus nombreuses : 21 % de femmes, contre 16 % d’hommes.
Une différence que l’on retrouve en dehors de la Fonction publique : par exemple, dans un article consacré aux « inégalités de santé persistantes entre les femmes et les hommes », Santé publique France pointe que « la souffrance psychique en lien avec le travail (SPLT) est deux fois plus élevée chez les femmes que chez les hommes : 6 % vs 3 %. »
Pourquoi le genre influence la santé mentale au travail ?
Pourquoi une telle différence ? Si le document de la DGAFP ne fait que citer des chiffres, le rapport d’information du Sénat Santé des femmes au travail : des maux invisibles, déposé en 2023, donne quelques pistes. Il estime qu’il y a une « présence accrue des risques psycho-sociaux dans les secteurs féminisés et dans les parcours professionnels comme personnels des femmes », et en donne quelques exemples : des femmes statistiquement plus présentes dans des métiers aux rythmes exigeants ou sur des postes peu élevés hiérarchiquement et laissant peu d’autonomie, plus souvent à temps partiel – sans que la charge de travail ne baisse toujours ! -, plus touchées par les violences sexistes et sexuelles, avec des contrats plus précaires, etc.
Dans la Fonction publique, cette exposition des femmes aux RPS se vérifie : métiers de la santé et du social – à la fois exigeants émotionnellement et aux horaires atypiques – très féminisés, sur-représentation des femmes au sein de la catégorie C ou des emplois à temps partiel… et pour les auteurs du rapport, à cela s’ajoutent les difficultés des femmes hors travail : « Des facteurs de risques professionnels et des facteurs de vie extra-professionnels se conjuguent, engendrant stress et charge mentale, d’autant plus dans des situations de monoparentalité. À double journée, double charge mentale ».
Un nouveau plan santé qui veut mieux connaître l’influence du genre sur la santé
Paru le 8 octobre 2026, le nouveau plan santé au travail dans la Fonction publique 2026–2030, feuille de route qui définit la politique de prévention des risques professionnels pour les agents publics, prend en compte ces deux questions – la santé mentale et le genre. Il prévoit notamment des actions pour « mieux connaître et prévenir les risques professionnels sous l’angle du genre », rappelant : « 64% des agents publics sont des femmes. La prise en compte des enjeux spécifiques liés à la santé des femmes au travail est essentielle pour assurer le respect par les administrations de leur obligation de protection de la santé de tous les agents ».
Julie Desbiolles, Réseau Service Public
Aller plus loin
- Notre article Santé mentale : comment prendre soin des agents de la Fonction publique ?
- Le rapport de la DGAFP sur l’état de la Fonction publique, édition 2025
- Le nouveau plan Santé au travail dans la Fonction publique 2026-2030
Découvrez également le programme de sensibilisation réalisé par la FHF avec le soutien de la CASDEN sur la santé mentale.
Vous pouvez organiser cette exposition dans votre établissement : renseignez-vous auprès de votre Délégation CASDEN.