Né avec le Plan national de sobriété énergétique d’octobre 2022, le référent sobriété accompagne les organisations dans leur objectif de réduction de 10 % de leur consommation d’énergie. Mais son rôle dépasse largement la seule question énergétique : il agit sur les bâtiments, le numérique, les mobilités, les achats ou encore les usages quotidiens.
Engagée de longue date en faveur de la transition écologique, à titre personnel et professionnel, Laura Jouvert Otero explique cette mission, qu’elle exerce dans le cadre de ses fonctions actuelles
Quel est concrètement votre rôle en tant que référente sobriété ?
Mon service pilote la mise en œuvre du volet interne de la feuille de route de transition écologique, dont l’objectif est de réduire l’empreinte écologique de notre administration. En tant que référente sobriété, j’impulse, je coordonne et je suis les actions.
Je m’appuie sur une équipe dédiée et un comité de pilotage mensuel. Nous questionnons nos pratiques afin d’identifier des marges de progression. Nous veillons à la faisabilité des actions et à leur appropriation par les équipes.
Je veille à ce que la sobriété ne soit pas vécue comme une contrainte, mais comme une transformation collective.
Quels leviers mobilisez-vous pour faire de la sobriété un projet collectif ?
La sobriété est un enjeu transversal qui requiert une évolution des postures individuelles et collectives.
Selon les actions, les outils de mise en œuvre sont variés : formations, ateliers collectifs, articles dans la lettre d’information interne… Nous avons par exemple conduit des ateliers sur la sobriété des pratiques et sur l’intégration des enjeux de transition écologique dans la gestion RH.
Quelles actions concrètes mettez-vous en place ?
Dans le fonctionnement quotidien nous intervenons sur la réduction et à la rationalisation des achats de fournitures et de consommables, la gestion raisonnée des déchets, le recours à la restauration collective plutôt qu’aux traiteurs…
En matière de sobriété numérique, nous agissons sur la durée de vie des équipements, la sensibilisation au numérique responsable, le tri des données et le recyclage (de plus d’une tonne) de matériels avec des acteurs de l’économie sociale et solidaire. La refonte de l’archivage numérique a permis de supprimer les doublons et fichiers obsolètes.
Pour les déplacements, nous encourageons le covoiturage, le développement de l’usage des véhicules électriques. Nous accompagnons les agents pour lever les résistances.
Sur la sobriété des locaux, il s’agit de travaux de rénovation thermique, d’adaptation des horaires d’ouverture des bureaux, d’optimisation de l’occupation des espaces (accueil d’autres administrations).
Nous avons également réalisé notre Bilan d’émissions de gaz à effet de serre (BEGES) en 2024, qui constitue un point de départ pour mesurer la réduction de notre empreinte carbone. Il sera, à ma connaissance, le premier publié pour une DRAC.
Qu’est-ce qui vous motive dans cette mission ?
La sobriété permet de passer des grands concepts de transition écologique à des actions concrètes. Chacun peut identifier des leviers dans son quotidien (professionnel et personnel) avec des effets immédiatement visibles, des victoires rapides (« quick wins ») chiffrables et valorisables.
L’existence du référent sobriété dans une administration est une opportunité rare de questionner collectivement nos pratiques de façon constructive, sans culpabiliser, mais en cherchant des solutions concrètes et acceptables par tous.
Qui peut devenir référent sobriété ? Quelles compétences sont nécessaires ?
En principe, tous les agents peuvent devenir référents sobriété, à condition de se former aux enjeux scientifiques et juridiques de la transition écologique.
Il faut bien connaître le fonctionnement de sa structure pour identifier les leviers pertinents et éviter des contresens (ex : installer la climatisation pour lutter contre la canicule). Il convient aussi de comprendre les besoins et les freins des équipes pour favoriser l’acceptabilité et l’appropriation des actions
Dans les faits, cette mission est ainsi souvent portée par des cadres ou chefs de projet, disposant d’une capacité d’action suffisante, en lien avec des ambassadeurs (agents) de proximité.
Quels sont aujourd’hui les principaux freins à la sobriété dans les administrations ?
J’en constate trois principaux.
Le premier reste la contrainte budgétaire : certains projets nécessitent des investissements importants, comme la rénovation énergétique des bâtiments ou le renouvellement des équipements.
Le deuxième concerne les résistances liées aux habitudes. Modifier ses pratiques, accepter de nouveaux usages ou renoncer à certains réflexes demande un accompagnement. La sobriété est souvent bien perçue, mais sa réussite dépend de sa capacité à être comprise et intégrée dans les usages quotidiens.
L’absence de réglementations nationales suffisamment incitatives, de budgets dédiés ou de portage managérial sont de véritables entraves.
Quel avenir pour les référents sobriété dans les services publics ?
Les champs à investir sont immenses : sobriété numérique, foncière, alimentaire, nouveaux modes de travail… La sobriété n’est pas un renoncement, mais un levier pour réduire l’empreinte carbone tout en améliorant les conditions de travail et l’équilibre des temps de vie.
Nous n’en sommes qu’au début d’une transformation profonde. Des gisements d’idées, d’initiatives et d’énergies sont déjà présents dans les administrations : il reste à les faire émerger.
Propos recueillis par Séverine Bellina, Réseau service public