Comment préserver les milieux aquatiques ? C’est la question à laquelle se consacrent chaque jour les techniciens de rivière. En majorité employés dans la Fonction publique – généralement en catégorie B – leur travail est d’arpenter les cours d’eau, de les observer, pour ensuite définir et mettre en œuvre des actions à mener pour garder ou restaurer leur bon état. Ugo Lepoix, technicien de rivière à l’établissement public d’aménagement et de gestion de l’eau Menelik, dans les Bouches-du-Rhône, nous a raconté les coulisses de ce métier peu commun.
Quelle est la mission d’un technicien de rivière ?
Notre mission est de prendre soin des rivières et des milieux aquatiques, notamment en travaillant sur la végétation. Cela implique d’être en lien avec différents acteurs du territoire, dont les propriétaires des parcelles qui jouxtent les cours d’eau, sur lesquelles nous intervenons parfois – toujours dans l’intérêt général.
Quelle est la journée type d’un technicien de rivière ?
Il n’y a pas vraiment de journée type, mais durant ma semaine, je suis susceptible d’assurer plusieurs types de missions. J’ai d’abord des sollicitations des riverains, qui me signalent des arbres tombés dans la rivière, des dysfonctionnements, des pollutions… Mon travail est d’aller voir sur place, d’examiner la situation, et de déterminer si Menelik doit intervenir. Ce n’est pas toujours le cas, car il faut que l’intervention soit nécessaire et qu’elle soit d’intérêt général.
Nous avons aussi une activité de surveillance des cours d’eau. Celle-ci se fait de manière planifiée – avec des visites régulières prévues sur chaque secteur de la rivière sur plusieurs années -, ou suite à un événement (par exemple une crue). Ces visites nous permettent d’évaluer si nous devons prévoir une intervention.
Quand une intervention est prévue, nous travaillons à la fois sur terrain – pour suivre le chantier, marquer à la peinture les travaux à faire… -, et au bureau, par exemple pour lancer les marchés publics.
Nous n’avons donc pas de routine : certains jours, nous sommes toute la journée les bottes dans l’eau ou alors sur les berges avec les riverains, et d’autres jours nous sommes au bureau, à faire de l’administratif ou des réunions, en interne ou en externe, sur des sujets très variés.
Comment êtes-vous arrivé à ce métier ?
J’ai d’abord fait une licence de géographie, puis un BTS Gestion et maîtrise de l’eau (GEMEAU). Certains y arrivent aussi par le BTS Gestion et protection de l’eau ou GPN.
C’est un métier assez peu courant. Je l’ai découvert car lorsque j’étais adolescent, j’adorais la pêche. J’étais souvent au bord des lacs ou des rivières, et je pêchais la carpe, qui est une pêche très statique, donc je restais plusieurs jours près de l’eau… Et j’aimais ça. Du coup, plus tard, j’ai cherché un métier dans les rivières… Et j’ai trouvé technicien de rivière !
Qu’est-ce qui vous plaît dans ce métier ?
D’abord, les journées sont très variées. Dans la même semaine, nous faisons beaucoup de choses différentes. Ensuite, c’est un métier où l’on rencontre des gens : pour ma part, ce contact social m’a aidé à parler plus facilement avec des personnes que je ne connais pas, et c’est quelque chose que j’apprécie. J’aime également le lien avec le cours d’eau : la rivière, comme lieu de travail, c’est plutôt agréable ! Enfin, j’aime aussi beaucoup l’idée de travailler pour l’intérêt général, pour préserver les rivières. C’est un métier utile.
Dans quel type de structure un technicien de rivière peut-il travailler ?
Nous exerçons majoritairement dans des structures publiques : des syndicats de rivières, ou les intercommunalités – puisque ce sont elles qui ont cette compétence de gestion des rivières, même si elles la délèguent souvent à un syndicat. Il est aussi possible d’exercer dans le privé, mais c’est plus rare : ça a été mon cas, puisque j’ai travaillé autrefois dans un bureau d’études, qui lui-même travaillait pour des syndicats de rivières.
Au contraire, y a-t-il des difficultés ou des choses que vous aimez moins ?
Le travail à l’extérieur peut être parfois difficile, surtout quand il fait froid. Un autre aspect est la diversité des sujets et des tâches sur lesquels nous travaillons : parfois, tout arrive en même temps et nous devons basculer très vite d’un dossier à l’autre. Cela demande de l’organisation.
Enfin, c’est un métier assez peu évolutif. Un technicien de rivière peut devenir chargé de mission, mais c’est peu accessible : il faut souvent repasser un diplôme, et surtout, le métier est assez différent puisqu’il y a moins de terrain et plus de réunions et de travail du bureau. Ainsi, parmi les techniciens de rivière qui souhaitent changer, certains choisissent de passer chargés de mission mais d’autres vont plutôt vers des reconversions.
Faut-il des envies ou des compétences particulières pour faire ce métier ?
Il faut comprendre comment fonctionne une rivière et sa végétation, la réglementation, etc. Cela s’apprend mais je pense qu’il faut au départ être sensible, aimer ça, être observateur et curieux de tout ce qui entoure la rivière. Le BTS m’a bien sûr formé, mais je pense que j’ai beaucoup appris en travaillant, en arpentant la rivière, en regardant.
Un conseil pour quelqu’un qui voudrait faire ce métier ?
Je lui dirais peut-être qu’il faut être patient, qu’il faut prendre le temps d’apprendre. Il y a le diplôme mais beaucoup de choses s’apprennent au fur et à mesure. Et surtout, je lui dirais que s’il ou elle a envie de le faire, qu’il le fasse… Car c’est un très beau métier !
Propos recueillis par Julie Desbiolles, Réseau Service public